Les corps gras

Matière première indispensable à la saponification, les corps gras font partie d’un ensemble complexe de composés organiques appelés lipides (ou graisses). Ce sont des lipides simples, caractérisés par leur insolubilité dans l’eau et leur toucher onctueux.

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Ils sont majoritairement composés de triglycérides qui sont des esters issus d’une molécule de glycérol et de trois acides gras. Les autres composants forment ce que l’on appelle la fraction insaponifiable composée de stérols, squalène, tocophérols dont la vitamine E, de vitamines liposolubles et bien d’autres encore et qui comme sa dénomination l’indique ne sera pas transformée en savon. En cosmétologie, cette fraction insaponifiable est utilisée pour ses propriétés de nutrition et de régénération cellulaire du tégument cutané.

Les acides gras dont on parle tant en nutrition et très importants pour l’équilibre de l’organisme sont constitués de chaînes plus ou moins longues d’atomes de carbone liés entre eux par des liaisons simples, ils sont alors dit saturés ou par une ou plusieurs liaisons doubles, on parlera alors d’acides gras insaturés.

Pour y voir plus clair, voici un résumé de la classification des différents acides gras intéressants en savonnerie:

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La présence d’acides gras saturés rend les corps gras pâteux ou solides à température ambiante (ex: huile de coco, baies de laurier, beurre de karité,…). Par extension, les huiles qui se présentent à l’état liquide à température ambiante sont majoritairement composées d’acides gras insaturés (ex: huile d’olive, de tournesol, d’amande douce,…). Ces différences de structure leur confèrent donc des caractéristiques et propriétés particulières qui à leur tour détermineront en grande partie les caractéristiques et propriétés du savon obtenu, à savoir le pouvoir moussant, le pouvoir détergent, l’effet sur la peau, la consistance et la stabilité de la mousse. Il n’existe pas d’huile donnant un savon parfait. Voilà pourquoi on le compose avec plusieurs huiles et/ou beurres. Il faudra donc les choisir avec soin en fonction des caractéristiques souhaitées. Et c’est là que les choses se compliquent… Une recette équilibrée permettra d’obtenir un savon dur, qui mousse bien et qui plus est, nettoie sans dessécher la peau. Partie délicate mais ô combien passionnante dans la recherche de la formulation de « VOTRE SAVON IDEAL« 

Un premier élément de réponse… Les propriétés apportées au savon par les différents acides gras:

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En conclusion:

  • Les acides gras saturés contribuent à la dureté et pour certains au pouvoir moussant du savon, douceur et soin seront apportés par les acides gras insaturés.
  • Une huile qui produit un savon mou et une mousse fine devrait être couplée à des huiles qui produisent un savon dur et beaucoup de mousse.

Cas particuliers:

  • L’huile d’olive qui si elle est utilisée à fort dosage (> de 60%) donnera un savon très dur. Exemple type: le savon de Castille composé à 100% d’huile d’olive.
  • L’huile de ricin qui produit une mousse crémeuse et stable si elle est associée à une huile riche en acide laurique. Il est conseillé de ne pas dépasser 10% du poids total des corps gras sous risque de produire un savon mou.

Pour vous guider dans la quête du savon parfait, voici les compositions et caractéristiques apportées aux savons de différents corps gras que j’utilise habituellement.

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UNADJUSTEDNONRAW_thumb_ac0Les huiles riches en acides gras poly-insaturés (acide linoléique et acide α-linolénique) comme l’huile de tournesol, pépins de raisin ou encore carthame sont sensibles à l’oxydation et sont réputées pour leur tendance à rancir. Pour palier à ce désagrément, il suffit d’en limiter l’utilisation à une proportion de 10% maximum et d’adjoindre un anti-oxydant (vitamine E, extrait CO² de romarin) aux huiles saponifiées, ce qui prolongera la durée de vie de vos savons.

Plutôt que de les bannir car elles rendent le savon très respectueux de l’épiderme, j’ai opté pour l’ajout de vitamine E à raison de 0,1% du poids total des corps gras dans toutes mes formulations. Je n’ai jamais eu de désagréable surprise et ce malgré un surgraissage à 8%.

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Vous avez peut-être déjà croisé des huiles de carthame, colza et tournesol sous l’appellation oléique ou haute oléique. Il s’agit en fait d’huiles dont la composition en acides gras a été modifiée pour obtenir un taux d’acide oléique plus élevé et presque similaire à celui de l’huile d’olive, ce qui en améliore la stabilité et en évite le rancissement mais qui aura également des répercussions sur les propriétés du savon obtenu ainsi que sur le calcul de la soude à utiliser pour les saponifier!…

Il est bien difficile de donner « la recette magique » car les attentes de chacun sont différentes. Néanmoins, les huiles de coco, d’olive et de ricin me semblent incontournables. Les beurres de karité et cacao sont peut-être un peu cher mais ils apportent du crémeux et de la douceur en plus de contribuer à la dureté du savon.

Mon mélange de référence (à peu de chose près), se compose de 50 % de corps gras solides: coco, karité et cacao et de 50% de corps gras liquides: olive, ricin et au choix: tournesol, sésame, avocat, colza ou encore pépins de raisin. Ce qui donne des savons à la mousse fine, onctueuse et crémeuse que j’apprécie beaucoup.

Si vous vous lancez dans cette belle aventure qu’est la saponification à froid, il me semble évident de privilégier des huiles de première pression à froid et, si c’est possible pour vous, certifiées bio ainsi que des beurres de qualité qui s’inscrivent dans une démarche éthique, responsable et durable…

6 commentaires Laisser un commentaire

  1. Bonsoir

    Je débute en saponification à froid et je souhaiterais savoir s’il est possible d’utiliser des huiles végétales du commerce (première pression à froid) telles que l’huile d’olive, tournesol ou bien huile de coco ? Je me pose cette question car sur de nombreuses vidéos, je vois des personnes en utiliser pour produire des savons à froid ?
    J’en profite pour vous dire que je trouve votre blog très instructif et très facile d’accès au niveau de la compréhension (surtout pour la soude ..).
    cordialement

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    • Bonjour Céline,
      Je vous remercie pour votre passage sur mon modeste blog…
      Comme le dit la définition, la saponification à froid est une réaction chimique entre un corps gras et une base et bien évidemment, toute huile végétale alimentaire peut être utilisée pour faire du savon.
      Il est indéniable que les huiles « vierges » ou « de pression à froid » c’est-à-dire non raffinées sont à privilégier car le procédé d’extraction en préserve les qualités et les différents insaponifiables tels que la vitamine E, le bêta-carotène,… que l’on retrouvera dans le savon. C’est d’ailleurs ce que j’utilise aussi…
      N’hésitez pas à revenir vers moi pour d’autres questions.
      Bien cordialement.
      Marie

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    • Bonjour Dominique,
      Je vous remercie pour votre passage sur le blog…
      La première chose à garder à l’esprit, c’est qu’un savon sert avant tout à se laver et que les huiles chères et précieuses me semble inutile en saponification.
      C’est pour cela qu’il est important lors d’une formulation de considérer les différents profils en acides gras. Je vous invite à revoir les tableaux présentés pour vous y aider.
      Pour qu’un savon mousse, il faut de l’acide laurique et myristique que l’on retrouve en grande quantité dans l’huile de coco et qui de plus, puisque ce sont des acides gras saturés produiront un savon dur. A ne pas utiliser à plus de 30% du poids total des corps gras car asséchant en forte proportion.
      Ensuite, il faut qu’il soit doux, émollient pour la peau et ces propriétés sont conférées par les acides gras insaturés. L’huile d’olive est le deuxième corps gras incontournable en saponification, coût abordable et facile à trouver.
      Pour augmenter la dureté du savon et essayer de respecter le ratio 50/50 de corps gras saturés et insaturés, on peut y ajouter du beurre de karité. Et enfin, pour le reste des corps gras liquides, vous pouvez vous référer au dernier tableau en fonction de la disponibilité. Là aussi, j’ai considéré le rapport qualité/prix des différentes huiles…
      Mention spéciale pour l’huile de ricin au profil en acides gras particuliers que je considère indispensable lors de mes formulations car elle a un rôle de stabilisateur de mousse…
      N’hésitez pas à revenir vers moi.
      Cordialement.
      Marie

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  2. Bonjour, Je suis ravie de découvrir votre blog, c’est exactement ce que je cherchais !
    J’avais préparé de l’huile d’amande douce parfumé à la lavande de mon jardin, mais puis je l’utiliser pour la fabrication de savon, ou bien l’odeur de lavande va t elle être dénaturée par la saponification, voir lempecher ?
    Par avance merci pour vote réponse ,
    Romy

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    • Bonjour Romy,
      Un tout grand merci pour votre passage sur le blog…
      Vous pouvez bien sûr l’utiliser car il n’y aura aucun impact sur le processus de saponification. Par contre pour le rendu olfactif, çà risque d’être quasi nul au vu de la quantité d’huile d’amande douce qui peut être utilisée pour une formulation équilibrée. En effet, de part son profil en acides gras, j’en limiterai personnellement la quantité à 10% du poids total des corps gras.
      Au besoin, n’hésitez pas à revenir vers moi…
      Cordialement.
      Marie

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